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58e Congrès de la SHMESP - Université de Nantes (20-23 mai 2027) - Cataclysmes, eschatologie, apocalypse

Cataclysmes, eschatologie, apocalypse : les sociétés médiévales face au « temps qui reste »

Les congrès de la SHMESP

Fondée en 1969, la Société des Historiens Médiévistes de l'Enseignement Supérieur Public (SHMESP) rassemble les enseignant:es-chercheur:es et chercheur:es spécialistes du Moyen Âge exerçant dans les universités et organismes de recherche publics français. Chaque année depuis 1970, la SHMESP organise un congrès qui constitue un rendez-vous majeur de la communauté des médiévistes francophones.

Ces congrès annuels, accueillis par une université différente chaque année, réunissent pendant quatre jours près d'une centaine de participants autour d'une thématique renouvelée qui reflète les questionnements et les renouvellements de la recherche médiévale. Au-delà des communications scientifiques, ces rencontres sont l'occasion d'échanges, de débats et de construction de réseaux de recherche à l'échelle nationale et internationale.

Les actes de ces congrès, publiés dans la collection Histoire ancienne et médiévale aux Éditions de la Sorbonne depuis 1992, constituent depuis plus de cinquante ans une référence incontournable pour la recherche médiévale. Ils offrent, pour chaque thématique abordée, un panorama complet et rigoureux de l'état de la recherche. La liste complète se trouve sur la page des Congrès.

Les volumes des actes sont disponibles en libre accès sur Persée pour les volumes publiés jusqu'en 2007 et sur Open Edition pour les volumes depuis 1992.

Le 58e Congrès à Nantes (20-23 mai 2027)

Le 58e Congrès de la SHMESP se tiendra à l'Université de Nantes, du 20 au 23 mai 2027, sur le thème : Cataclysmes, eschatologie, apocalypse : les sociétés médiévales face au « temps qui reste ».

Tout au long du Moyen Âge comme maintenant, les crises alimentent le discours eschatologique, présent comme une lame de fond et finalement indifférent à l’actualité, car il pose une question existentielle. Les catastrophes, les incertitudes, la prophétie d’un avenir sombre, toutes interrogent le rapport des sociétés au temps, à un présent inquiétant, parfois anxiogène, et surtout à un avenir incertain, au « temps qui reste ».

Les trois termes associés dans le titre de ce colloque ne sont pas synonymes et méritent d’être distingués. L’eschatologie désigne l’ensemble des croyances relatives aux derniers temps : elle n’est pas synonyme de catastrophisme, car, comme André Vauchez l’a rappelé, « la fin des temps, même si elle doit s’accompagner de catastrophes, […] signifie surtout la disparition des conditions présentes, difficiles et conflictuelles »[1], et non l’anéantissement de toute espérance. La pensée apocalyptique est le mode textuel et visuel par lequel ce temps de la fin est mis en forme et rendu intelligible – l’apocalypse, au sens de révélation, étant un genre littéraire qui ne porte pas nécessairement sur ce sujet. Les cataclysmes, enfin, qu’ils soient naturels ou humains, constituent les événements déclencheurs qui peuvent activer la lecture eschatologique du présent. C’est précisément l’articulation de ces trois registres – l’événement, le cadre d’interprétation et le mode de révélation – que ce colloque se propose d’explorer.

Que le monde, notre monde, ait une fin est une vision largement partagée de nos jours – d’autant qu’elle est aussi devenue une certitude scientifique. La fin du monde n’est par conséquent pas un sujet, mais la fin des temps, elle, peut en être un : imprévisible (quand ?), elle ressortit au temps de la fin, partiellement décrit dans les livres de révélation de ce qu’on a l’habitude de nommer les trois monothéismes, qui fournissent jusqu’à nos jours un catalogue d’événements à scruter pour décrypter les signes annonciateurs du terme. Dans l’Ancien Testament, le Livre de Daniel est le plus explicite sur le sujet, qui associe prophétie, interprétation des songes, succession des empires, résurrection, jugement et Empire du Très Haut. Dans le christianisme, l’Apocalypse détermine la lecture théologique du temps de la fin, sachant que la fin des temps fait l’objet de discours du Christ[2] et qu’elle est jugée proche par l’apôtre Paul[3] – comme par Jésus du reste[4]. La marque fondamentale de ce texte fondateur se lit dans des redéploiements littéraires, parfois liés à des soubresauts de l’histoire[5]. En Islam, la fin des temps apparaît dans certaines sourates du Coran et dans les hadiths au point que certains chercheurs ont interprété l’islam des premiers temps comme un message fondamentalement eschatologique. Elle donne naissance au cours des siècles à un messianisme largement partagé à travers un mahdisme récurrent, dont le shiisme propose des formes particulières[6]. Le messianisme juif médiéval se développe sous la forme spécifique de la kabbale réactualisée en péninsule Ibérique avec la publication du Zohar par Moïse de León dans les années 1280 ou à travers les développements messianiques de l’exégèse biblique traditionnelle influencée par le contexte historique et les violences contemporaines. Mais la théologie des fins dernières n’est pas un monopole des trois monothéismes, tant la certitude de l’achèvement est partagée, activant la volonté de connaître les signes avant-coureurs autant que les critères de salut. Le sujet est donc universel.

L’époque médiévale ayant été la matrice, du reste souvent revendiquée, du catalogue des références actuelles dans les domaines du déclin ou de la fin (des Empires comme du Temple), des catastrophes (la Grande Peste en particulier, mais aussi la peste de Justinien, les invasions, la guerre ou la famine), du millénarisme, du messianisme, de l’eschatologie et de l’apocalypse, l’interroger sous l’angle de la réaction des sociétés à l’idée de la finitude du monde, de leur monde et de leurs membres paraît donc, à l’heure actuelle, particulièrement opportun – ne serait-ce que pour délivrer le Moyen Âge du poids des stéréotypes qui l’encombrent.

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Pour en savoir plus, voir le texte complet de l'appel à communication [lien].



[1] André Vauchez, « Introduction », in Prophètes et prophétisme, éd. par André Vauchez (Éd. du Seuil, 2012).

[2] Mt 24 : tout le chapitre contient le discours eschatologique du Christ qui combine l’annonce de la ruine de Jérusalem et celle de la fin du monde. Et précisément Mt 24, 36 : « Quant à la date de ce jour, et à l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, personne que le Père, seul ».

[3] 1 Corinthiens 7, 29-31.

[4] Mt 24, 35.

[5] Voir, en dernier lieu, la synthèse de cette riche tradition de recherches récemment proposée par Jean-Claude Schmitt, « Les usages politiques de l’Apocalypse (VIIIe-XVIe siècle) », in Retours à l’Apocalypse : héritage et hypertextualité dans les Mondes romans du Moyen Âge à nos jours, éd. par Pénélope Cartelet et Michele Carini, Littératures (Presses universitaires du Septentrion, 2025)..

[6] Fred M. Donner, « La question du messianisme dans l’islam primitif », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, Mahdisme et millénarisme en Islam, vol. 91‑94 (2000): 17‑28, https://doi.org/10.4000/remmm.246..

 

 

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